Colunia - Live aux soleils bleus

Colunia - Live aux soleils bleus

Colunia c julien charles
Copyright : Julien Charles

Enregistré live au festival Les Soleils Bleus, ce disque est le premier témoignage discographique du quartet nantais Colunia. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le mariage du jazz et de la harpe ne coule pas de source. On l’a vu, de-ci de-là à l’occasion d’associations pas toujours heureuses (par exemple dans le disque Jazz contrasts de Kenny Dorham avec le harpiste Betty Glamman) où l’instrument servait plus d’ornement presque folklorique. Au sein de Colunia, la harpe n’est jamais un gimmick superfétatoire ou un faire-valoir pour prétendre à l’originalité. Au contraire, l’âme même du groupe tourne autour de la sonorité originale d’Emilie Chevillard. 

La harpe chromatique qui est jouée ici lui permet de se fondre à merveille dans le tissu musical tricoté par le quartet au point qu’on pourrait parfois confondre avec un piano, une guitare ou un vibraphone (instruments plus habituels). En créant le quartet Colunia pour lequel elle compose la musique, Emilie Chevillard poursuit son parcours hétéroclite (enseignement, duo improvisé harpe-clarinette, accompagnement du poète Bôgil, etc). Elle apporte clairement avec sa maîtrise impressionnante de cet instrument le caractère unique de ce groupe et est la pierre angulaire du son d’ensemble de Colunia. 

Florian Chaigne, quant à lui, fait partie de ces batteurs-musiciens-compositeurs qui ne se perçoivent pas comme simple gardien du temple du tempo. A l’instar de l’une de ses influences palpables, Jack DeJohnette, il sait lui aussi associer un vrai ancrage dans le jazz tout en ayant résolument les yeux tournés vers les rythmes du monde. Il semble avoir trouvé avec ce quartet un moyen de faire se réconcilier tous ses amours. 

La force de cohésion du quartet permet à la musique de véritablement prendre corps. Si l’expression « jazz de chambre » a parfois quelque chose de rebutant, il ne faut pas se méprendre sur ce groupe : écriture soignée et énergie dans l’interprétation ne sont pas irréconciliables. S’y imbrique tout naturellement des instants de quasi méditations, et des envolées où les prises de paroles solistes prouvent que ces quatre là ont clairement des choses à raconter avec leur instrument. Rémi Alain, la force tranquille, est aussi à l’aise dans le costume du gardien de la pulse, que quand il chante des thèmes à l’archet. 

Gewaltz Hervé, dont c’était ici le tout premier concert avec le groupe nage comme un poisson dans l’eau. 

On pense parfois aux créations de Don Cherry ou aux premiers albums de Charles Lloyd, dans l’alliage toujours revisité de l’écriture et de l’improvisation, dans la pulsation propre au langage du jazz et dans le vocabulaire qui emprunte pourtant à bien des musiques. 

Les sept morceaux présentés ici s’étalent presque tous sur plus de 8 min, permettant une grande variété de climat et à la musique de ne jamais rester statique. Pour un premier album, ils ont réussi à ne pas s’enfermer dans le confort d’une écriture où tout serait balisé d’avance, il y a ici de l’audace et de l’imprévu. Une vraie réussite qui nous fait espérer qu’un album dans des conditions plus confortables de studio pourra être permis à ce groupe plus que prometteur.

 

Formation
Émilie Chevillard - Harpe
Gweltaz Hervé - Saxophone alto & soprano 
Rémi Allain - Contrebasse
Florian Chaigne - Batterie, percussions

Site de Colunia

Par Sébastien Bertho

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